|
|
|
|
|
|
|
 |
La steppe est cet ensemble géographique dont les limites sont définies par le seul critère bioclimatique.
D’une superficie estimée à environ 20 millions d’hectares, elle est cette « bande longitudinale dont la largeur va en diminuant d’Ouest en Est et située entre les isohyètes 100 et 400 mm » (ABDELMADJID S., 1983). Elle se localise entre deux chaînes de montagnes en l’occurrence, l’Atlas tellien au Nord et l’Atlas saharien au Sud. C’est ce qu’on appelle « bled el ghnem » (pays du mouton) car elle se caractérise par sa principale production : le mouton.
Nature des sols
Les sols steppiques sont squelettiques, c’est-à -dire pauvres et fragiles à cause de la rareté de l’humus et de leur très faible profondeur. Nous trouvons en effet, des sols récents, des sols dégradés et des sols évolués.
L’existence de bons sols est très limitée. Ces derniers sont destinés aux cultures et se localisent dans les dépressions ,les lits d’Oued, les dayas et les piémonts de montagne du fait que leur situation permet une accumulation d’éléments fins et d’eau.
Climat
Deux caractéristiques principales marquent le climat steppique : une faible pluviosité et de fortes amplitudes thermiques.
La pluviosité est à la fois faible et irrégulière. Elle présente une variation spatio-temporelle très importante et oscille entre 100 et 400 mm de précipitations par an qui tombent souvent sous forme de pluies violentes (orages).
La température dépasse les 40 °C en été mais provoque des gelées au cours de l’hiver.
Une autre caractéristique du climat steppique est le vent violent. En effet, celui d’hiver occasionne des dégâts ; celui d’été venant du Sahara (sirocco) est le plus catastrophique. C’est un vent chaud qui souffle de 20 à 30 jours par an et a des effets pervers sur la végétation.
En somme, le climat steppique se caractérise en général par son hétérogénéité. La pluviométrie définit du Nord au Sud trois étages à savoir :
-
le semi-aride inférieur : entre 300 et 400 mm par an;
-
l'arid supérieur : entre 200 et 300 mm par an;
-
et l'aride inférieur : entre 100 et 200 mm par an.
Les 20 millions d’hectares que compte la steppe se répartissent comme le montre le tableau suivant en parcours, terres improductives forêts et maquis et cultures marginales.
L’importance que représente la part des parcours (soit plus de 80% de la superficie totale de la steppe en 1995) est liée à la vocation même de cet espace pastoral.
En terme d’évolution de l’occupation du sol, plusieurs remarques sont à retenir. En premier lieu une augmentation de la superficie des parcours dégradés et donc une régression de la superficie des parcours palatables.
D’autre part, on constate une augmentation de la superficie des cultures marginales. Ceci dit, cette dernière s’est développé au détriment des superficies des parcours palatables.
Evolution de l’occupation du sol steppique entre 1985 et 1995.
|
Désignation |
1985 |
1995 |
|
|
Superficie
(106 ha) |
Part (%) |
Superficie
(106 ha) |
Part (%) |
|
Parcours palatables |
10 |
50 |
8,7 |
43,5 |
|
Parcours dégradés |
5 |
25 |
7,5 |
37,5 |
|
Terres improductives |
2,5 |
12,5 |
0,1 |
0,5 |
|
Forêts et maquis |
1,4 |
7 |
2,1 |
10,5 |
|
Cultures marginales |
1,1 |
5,5 |
1,6 |
8 |
|
Total |
20 |
100 |
20 |
100 |
La végétation steppique est de très inégale valeur, tant pour sa composition floristique que par sa densité.
Si on impute les zones de cultures, les forêts et les zones improductives, il nous reste 15 millions d’hectares de végétation steppique qu’occupe les parcours.
La végétation steppique est dominée par l’alfa (stipa tenacissima) qui occupe 4 millions d’hectares, suivie par le chih (artimisea herba alba) avec 3 millions d’hectares, puis le Sennaghe et le Guettaf avec respectivement 2 et 1 million d’hectares. Le reste est occupé par des associations diverses.
La combinaison des facteurs pédo-climatiques et la répartition spatiale de la végétation fait ressortir trois types de steppes (ABDELMADJID S., 1983) :
-
La steppe graminéenne à base d'alfa et/ou de sparte que nous trouvons dans les sols argileux à texture plus fine. Sur les sols sableux, nous trouvons la steppe à drine;
-
La steppe à armoise blanche qui occupe les sols à texture fine. L'armoise est consommée par les troupeaux et constitue de ce fait un excellent parcours;
-
La steppe à halophytes qui occupe les terrains salés à proximité des chotts. On y trouve les solsola et aussi les atriplexes qui constituent eux aussi un bon fourrage.
Les recherches menées dans le domaine de la dynamique du milieu naturel ont montré qu’il y a eu des changements considérables dans les espaces pastoraux. LE HOUEROU H. N. évoquant cette dynamique notait que « les caractéristiques phytosociologiques des forêts de pin d’Alep arides se retrouvent dans les steppes d’alfa jusque sous l’isohyète 200 mm aussi bien en Tunisie qu’en Algérie ou en Libye.... La végétation primitive des steppes arides n’a donc pas été partout steppique contrairement à ce qu’on le pense ».
Il est donc possible qu’avant les grandes transformations opérées par l’homme, la végétation évoluant librement ait réalisé en chaque lieu des ensembles harmonieux et ce en fonction des conditions physiques du milieu. L’intervention successive de l’homme et des troupeaux dans le temps et dans l’espace a donné naissance à la végétation actuelle.
En somme, l’évolution du milieu a connu deux étapes, en l’occurrence la steppisation et la désertisation.
La steppisation s'est traduit par un changement de la nature du couvert végétal, une réduction du taux de la matière organique dans le sol et un changement de la composition florestique qui varie dans le sens de l'aridité.
Les causes de la steppisation sont principalement d’origine humaine telles que le défrichement des forêts
En somme, si la steppisation touche le couvert végétal la désertisation s’attaque par contre au sol.
La steppe en tant que milieu naturellement hétérogène, le milieu physique de la steppe est hététogène et ce en raison de plusieurs facteurs à savoir :
-
La variation de la pluviosité qui définit trois étages bioclimatiques;
-
La répartition de la végétation au niveau d'une même étage;
-
Et l'avancement de la dégradation du milieu naturel, c'est-à -dire, celle de la végétation et du sol.
D’une manière générale, la spécificité de la steppe reste liée aux facteurs homme, climat, végétation et sol. Ces facteurs, sous différentes formes de combinaisons, déterminent la production de la steppe.
La population
La population steppique représentait 11 % de la population algérienne totale au dernier recensement de la population et de l’habitat (R.G.P.H.) effectué en 1987.
En terme d’évolution, nous signalons que cette dernière est passée du simple au plus que le double en l’espace de 20 ans. Elle passe en effet, de 1024777 à 2520207 habitants entre 1966 et 1987.
La population steppique se caractérise par un taux de croissance qui est supérieur à celui de la population algérienne totale. Entre 1966 et 1987, le taux de croissance de la première est de 59,33 % tandis que pour la seconde il est de l’ordre de 48,83%. En effet, « du fait de la ruralité de la population steppique, sa croissance a été plus rapide que celle déjà considérable, de la population totale » (BEDRANI S., 1994).
Evolution de la population steppique par rapport à la population algérienne totale entre 1966 et 1987.
|
|
Population steppique (1) |
Population algérienne (2) |
(1)/(2)
(en %) |
|
1966 |
1024777 |
12010000 |
8,53 |
|
1977 |
1792466 |
16948000 |
10,57 |
|
1987 |
2520207 |
23477000 |
10,73 |
|
Accroissement 66-77 |
42,82 |
29,13 |
|
|
Accroissement 77-87 |
28,87 |
27,81 |
|
|
Accroissement 66-87 |
59,33 |
48,84 |
|
Source : Calculé d’après R.G.P.H. (O.N.S.).
En outre, la steppe se caractérise par un fort taux de dispersion de la population. Néanmoins, la part de la population vivante en zones éparses suit une baisse continuelle. Elle est passée de 78% en 1966 à 33% en 1987. Les raisons de cette évolution trouvent leurs origines loin dans le temps. En effet, « depuis un siècle et demi, une succession de bouleversements a eu pour aboutissement la situation présente : les migrations se sont restreints, la société tribale s’est désintégrée, le phénomène urbain est apparu » (COUDERC R.,1975). Par contre, la part de la population agglomérée ne cesse d’augmenter comme réponse à une sédentarisation continue.
Pour ce qui est de la population nomade, les seules données officielles existantes font état de la diminution de cette dernière entre 1977 et 1987. Cette diminution est de l’ordre de 137751 habitants.
Par ailleurs, lors des enquêtes des R.G.P.H. 1987(Recensement Général de la Population et de l’Habitat), 30,7% des chefs de ménages nomades enquêtés ont déclarés d’avoir l’intention de se sédentariser.
Actuellement, les nomades qui restent sont confrontés à des problèmes de sécurité, ce qui nous amène à dire, que probablement depuis 1992, leur nombre a fortement diminué et de ce fait, ils sont venus s’installer en ville. Ceux qui ont les moyens peuvent se permettre d’avoir un logement décent, les autre par contre, s’installerons dans des gourbis aux bordures des villes limitrophes.
Le secteur de l’emploi est le plus difficile à cerner vu de l’indisponibilité de données. Les seules données existantes montrent que le nombre d’actifs agricoles a diminué au détriment de celui des autres branches, notamment l’administration. Cependant, la population steppique reste occupée principalement par l’activité agro-pastorale (32% du total des occupés). Ainsi, « dans les zones steppiques, la situation n’est pas spécialement défavorable, car les activités agricoles et pastorales donnent du travail à 37% des actifs » (ABAAB A. & al., 1995).
En terme, d’évolution, la population active steppique a enregistré une hausse considérable. Ceci est essentiellement dû à la croissance démographique observée . Cependant, l’importance que représente la population occupée dans la population active n’est pas capable d’absorber le nombre impressionnant des chômeurs. A ce titre, « le taux de chômage et de sous emploi devait être relativement élevé parce que les activités agro-pastorales et pastorales, trop extensives, ne pouvaient pas occuper toute la population en âge de travailler » (BEDRANI S., 1984).
Evolution de la population active (part en %)
|
|
1966 |
1977 |
1987 |
|
|
Steppe |
Algérie |
Steppe |
Algérie |
Steppe |
Algérie |
|
Population occupée (1) |
78 |
75 |
79 |
77 |
74 |
77 |
|
Population sans emploi (2) |
22 |
25 |
20 |
22 |
25 |
22 |
|
Femmes partiellement occupées (3) |
0 |
0 |
1 |
1 |
1 |
1 |
|
Population active totale (1)+(2)+(3) |
100 |
100 |
100 |
100 |
100 |
100 |
|
Evolution indiciaire
base 100 en 1966) |
100 |
100 |
101 |
109 |
178 |
190 |
La comparaison entre les données de la steppe et celles de l’ensemble de l’Algérie nous permet de distinguer que l’évolution est semblable. Ceci dit, la croissance démographique a été beaucoup plus rapide dans la première et la croissance économique et sociale beaucoup plus importante dans la seconde par rapport à la première.
Enseignement
Ce secteur se caractérisait en 1977par un taux d’analphabétisme alarmant et un taux de scolarisation ridiculement faible.
Analphabétisation et scolarisation dans les ménages nomades et semi-nomades en 1977.
|
Tranche d’âge |
Taux d’analphabétisme total |
Taux d’analphabétisme féminin |
Taux de scolarisation total |
Taux de scolarisation féminin |
|
6 Ã 9 ans
10 Ã 14 ans
15 Ã 19 ans |
90,5
90,6
96,5 |
97,2
97,9
99,5 |
9,1
7,5
1,2 |
2,5
1,5
0,1 |
Cependant, c’est le seul secteur où une politique spécifique aux populations steppiques a été menée. Cette politique portait sur la création d’écoles dotées d’internats pour les enfants des nomades. Or, malgré l’ampleur de cette action, elle ne touchait qu’un nombre très réduit des enfants d’où résultats cités dans le tableau précédent.
L’Algérie a consenti des efforts considérables dans ce secteur, que se soit en terme d’infrastructures ou en terme de moyens humains. A titre indicatif, si en 1962 il existait 1 médecin pour 18000 habitants, ce rapport est actuellement à 1 médecin pour 1000 habitants, soit la même norme que dans les pays européens.
Dans les zones steppiques, malgré les efforts déployés et le progrès enregistré en la matière, les populations locales restent encore peut desservir en terme de d’infrastructures et d’encadrement sanitaire. A ce titre, note BEDRANI S. que « les zones steppiques et sahariennes algériennes ont connu un volume suffisamment conséquent depuis l’indépendance pour les avoir assez notablement transformées par rapport à la fin de la période coloniale, elles restent encore sous étudiées et sous développées ».
Les politiques visant l’équilibre régional entamées depuis l’indépendance, ont eu un effet certain sur les conditions d’habitation des populations steppiques. Il y a eu en effet, amélioration des conditions d’habitation qui s’est traduite par l’augmentation des taux de branchement en eau courante, en électricité et en gaz de ville, ainsi que l’amélioration du réseau d’assainissement. Cependant, ces actions restent insuffisantes comparées à celles enregistrées dans le reste du pays.
Nous constatons aussi que la croissance de la population a été plus rapide que celle du nombre des logements. Ceci apparaît à travers la hausse du taux d’occupation des logements.
Finalement, il est très difficile de percevoir le problème des zones steppiques sous l'angle physique ou socio-économique. Il serait donc utile de joindre les deux dans une même analyse aboutissant à une réflexion globale.
Le milieu physique steppique se caractérise par sa fragilité et donc sa disposition à être désertifié. L’environnement socio-économique , par contre, est caractérisé par une paupérisation de plus en plus marquée de la population et en particulier le caractère marginal de ces zones, d’une façon plus globale. Nous assistons donc à une relation physique - socio-économique du type « fragilité - marginalité ».
La steppe est donc un milieu naturellement fragile au vu de ses conditions naturelles. Elle est en outre, cet espace marginal au vu des conditions de vie qui y règnent.
Nous sommes donc face à une relation de type négatif et aussi de causes à effets. Ainsi, les conditions du milieu physique agissent négativement sur l’environnement socio-économique et vis versa.
La combinaison des deux types de facteurs suscités aboutit à la situation que vit actuellement la steppe : une dégradation physique et socio-économique.
Les origines de cette dégradation remontent loin dans le temps. Il feront l’objet de l’étude du chapitre suivant qui portera sur une analyse historique de la steppe algérienne. | | |
|