Site de Riad BENSOUIAH - Principales causes de la dégradation des parcours

La crise pastorale trouve ses origines dans la dégradation des parcours qui constituent le facteur principal de toute activité dans les zones steppiques. En effet, face à l’accroissement de la population humaine et animale sur un espace vital de plus en plus réduit, on assiste à une surexploitation de ce qui reste des parcours steppiques. Cette situation n’est pas restée sans effets sur les pratiques des populations pastorales. On assiste en effet à la disparition progressive des anciens modes de gestion des espaces pastoraux, par exemple, la disparition du libre accès à tous aux parcours, et l’apparition de nouveaux modes tels que l’appropriation des terres de parcours par une méthode ou une autre.

La dégradation des parcours est devenue par la force des choses, un facteur limitant au développement des zones steppiques, elle « s’exprime comme prélude à la désertification par la diminution de la biomasse des espèces pérennes. Elle est suivie à plus ou moins longues échéances, par la baisse de la richesse spécifique, par un appauvrissement du sol et par la dominance d’espèces à capacité colonisatrice élevée et bien adapté aux milieux pauvres Â» (AIDOUD A., 1994).

La dégradation des parcours est  issue de l’interaction de deux types de facteurs. Des facteurs naturels liés aux conditions du milieu physique en général, et des facteurs socio-économiques, anthropiques qui favorisent une action souvent une intervention anarchique de l’homme sur l’écosystème.

Les facteurs naturels

Les facteurs naturels qui sont à l’origine de la dégradation des parcours steppiques sont intimement liés à la fragilité de l’écosystème de ces zones. L’action combinée des facteurs climatiques hostiles développement intensif d’une végétation pérenne et les facteurs édaphiques liés à la structure et à la texture des sols font que les parcours sont soumis à une dégradation irréversible accentuée par le phénomène de l’érosion.

La fragilité de l’écosystème steppique.

  • Le climat steppique qui est caractérisé par une irrégularité spatio-temporelle très importante, présente l’inconvénient d’agir sur un milieu fragile susceptible de se dégrader à n’importe quel moment si les conditions sont défavorables. En effet, on constate par exemple l’effet du vent qui favorise l’érosion éolienne et les ruissellements qui favorisent l’érosion hydrique.

  • Les sols steppiques sont réputés pour être squeletiques, c'est-à-dire, peu profonds ou encore, présentant une couche arable très fine. Ils sont à dominance d'éléments grossiers et présentent un faible pouvoir de rétention d'eau, ce qui augmente le risque de leur dégradation par érosion qu'elle soit hydrique ou éolienne.

La dégradation du couvert végétal et des parcours.

Les indicateurs de la dégradation des ressources végétales sont multiples. Ils se manifestent surtout à travers la diminution du taux de recouvrement et le changement du cortège floristique par la diminution des espèces pérennes productives au profit des espèces annuelles à faible biomasse.

Un autre signe de dégradation du couvert végétal est la diminution de la matière organique aussi l’augmentation de la sensibilité à l’érosion du fait de la modification de la texture du sol.

D’autre part, « les sécheresses récurrentes, et plus ou moins longues des années 70 ont eu un effet important et certain sur la production des plantes pérennes Â» (BEDRANI S., 1994).

En somme, la dégradation du couvert végétal des parcours conduit à leur désertification. Ce dernier phénomène « se manifeste dès qu’il y a destruction des plantes pérennes et perte de la couche arable sous l’action de l’érosion éolienne et hydrique Â» (SARNIGUET J. & al, 1995).

 Le constat à faire est que la plus grande part des parcours steppiques se trouve soit dégradée, soit dans un état avancé de dégradation. Les statistiques officielles nous montrent que la part des parcours steppiques relativement bons s’élève à 15 %.

L’état des parcours steppiques en 1995.

 

Superficie des parcours

Dégradés

Moyennement dégradés

Bons

S Superficie (ha)

16282880

7462392

6432160

2388328

   Part (%)

100

45,83

39,50

14,67

En outre, 3,11% de la superficie des parcours se trouve totalement perdue. Elle se compose par les zones salines et ensablées soit 270 789 ha pour les premières et 235 200 ha pour les secondes.

En somme, les principaux critères du milieu physique des zones steppiques ont déjà été cités dans le chapitre précèdent. Elles donnent une idée plus ou moins détaillée sur le degré de la fragilité de l’écosystème steppique.

Les causes socio-économiques:

L’homme est intimement lié à l’écosystème dans lequel il vit. S’il d’une façon directe ou indirecte sur l’écosystème c’est parce que celui-ci conditionne son ou ses activités.

La complexité des facteurs socio-économiques qui sont à l’origine de la dégradation des parcours steppiques est liée à la méconnaissance de ces derniers. Les différentes études portant sur l’environnement et la dégradation des ressources naturelles ont négligé, jusqu’à une date récente, l’aspect socio-économique de cette dégradation. Or les expériences accumulées à travers les différentes études et projets de développement des zones marginales, nous ont monté l’importance d’un tel aspect dans l’aboutissement des projets.

Nous tenterons dans cette partie d’analyser les principaux facteurs socio-économiques responsables de la dégradation des parcours steppiques, vu la complexité qui les caractérise. En effet, certains facteurs peuvent être considérés comme causes et effets au même temps.

La croissance démographique.

La croissance démographique galopante semble être parmi les principales causes de la dégradation des parcours steppiques. La population vivante dans ces zones a évolué à un rythme considérable. Elle passe en effet, de l’indice 100 à l’indice 246 entre le premier et le dernier recensement, enregistrant un accroissement moyen d’environ 71 211 habitants par an pour la même période.

La composition de la population steppique se caractérise par la dominance de la population vivante en dispersion qui représentait 78 % de la population totale lors du premier R.G.P.H. Cependant, on assiste à la modification de cette composition. Les données du dernier R.G.P.H. montrent que la tendance est favorable pour la population vivante en chef lieu qui prend les devants avec une part de 62 % de la population steppique totale.

La diminution de la population vivante en zones éparses et la baisse de la population nomade traduisent l’importance de la sédentarisation qu’a vécue la steppe ces dernières années. En effet, « la sédentarisation est le résultat ultime d’un développement du processus de dégradation de la société pastorale Â» (BOUKHOBZA M., 1982).

Il ressort que, la croissance démographique et la sédentarisation de plus en plus importante ont eu comme conséquences l’augmentation de la pression sur les ressources et l’intervention anarchique de l’homme. La pression humaine continue est à l’origine de l’important déséquilibre écologique des zones steppiques.

L’accroissement du cheptel.

En 1995 le cheptel existant sur le territoire steppique s’élevait à 12 359 573 têtes en toutes espèces confondues dont 11 071 548 têtes d’ovins, soit près de 90 % du cheptel total. Très loin derrière, en deuxième position, on trouve les caprins qui occupent quant à eux une part de 7,62 %, tandis que les autres espèces sont négligeables.

A l’image de la croissance démographique, la croissance du cheptel ovin dans les zones steppiques a aussi sa part de responsabilité dans la dégradation des parcours.

La taille du cheptel ovin national est passée de 13 millions de têtes en 1980 à un peu plus de 17 millions de têtes en 1995, soit un accroissement annuel d’environ 262 112 têtes par an. Par contre, le cheptel des zones steppiques a vu sa taille augmentée 7 millions à 11 millions de têtes pour la même période, soit un accroissement annuel de l’ordre de 257 287 têtes par an. Il apparaît donc que la croissance du cheptel national a été plus rapide que celle du cheptel steppique. Cela se traduit par le passage de l’indice d’évolution de la première de 100 en 1980 à 133 en 1994, tandis que celui de la seconde passe de 100 à 105 pour la même période. Néanmoins, ce dernier prend les devants à partir de 1995 en enregistrant un au indice de 153 contre un indice de 129 au niveau national. Cela s’explique par le fait que le cheptel steppique à une croissance plus rapide dès que les conditions climatiques sont favorables.

Les causes de la forte croissance du cheptel steppique sont liées à (BEDRANI S., 1994):

  • au maintien d’une forte croissance démographique dans les zones steppiques;
  • à la faiblesse de création d’emplois dans les zones steppiques;
  • à la demande soutenue et croissante de la viande ovine
  • à la haute rentabilité de l’élevage en zones steppiques du fait de la gratuité des fourrages et du fait de la disponibilité pendant une longue période d’aliments de bétail importés vendus à bas prix;
  • et à l’attrait des capitaux des zones steppiques par l’élevage ovin concomitant aux facultés de ces capitaux à s’investir dans des activités non agricoles, particulièrement industrielles. 

Evolution du cheptel ovin national et steppique.

Année

Steppe

Algérie

 

Taille (têtes)

Indice

Taille (têtes)

Indice

1980

7 212 240

100

13 369 880

100

1981

7 333 330

101

13 739 100

103

1982

7 916 200

109

15 498 800

116

1983

9 188 050

127

17 701 840

132

1984

8 525 960

118

15 664 300

117

1985

7 931 850

109

15 659 570

117

1986

7 760 790

107

15 830 140

118

1987

8 218 080

113

16 147 890

121

1988

7  580 210

105

16 428 530

123

1989

7 426 810

102

17 316 100

129

1990

7 776 280

107

17 697 700

132

1991

8 403 030

116

16 891 180

126

1992

8 868 890

122

17 722 780

132

1993

9 136 470

126

18 664 640

139

1994

7 614 340

105

17 841 840

133

1995

11 071 548

153

17 301 560

129

La croissance du cheptel ovin steppique, à l’image de celle du cheptel ovin national, a évolué en dents de scie. Cette caractéristique est imputée au fait que cette croissance est tributaire des facteurs climatiques. En effet, suite aux différentes années de sécheresse vécues, et qui ont été ressenties surtout en zones arides et semi-arides, le cheptel ovin a enregistre des pertes considérables. Par contre, dès qu’il y a des conditions climatiques favorables, la croissance revient à sa tendance habituelle. 

La croissance du cheptel steppique a eu des conséquences néfastes sur les parcours. L’un des spécialistes qui a beaucoup travaillé sur ces territoires a affirmé que « la capacité de charge de la steppe algérienne n’est plus que 1/4 Â» (LE HOUEROU H. N., 1985). Ce constat date d’une dizaine d’années. Il est sûrement plus lourd actuellement. Le territoire steppique qui ne supportait en 1985 que 1/4 du cheptel qui y existait, d’après le même auteur, est exploité par un cheptel pléthorique, il est donc soumis à un surpâturage. « Dans une grande partie de la steppe, le surpâturage constitue l’action la plus dévastatrice sur la végétation pérenne et le principal facteur de désertification durant les deux dernières décennies Â» (AIDOUD A., 1994). En effet, « le cheptel en surnombre détruit le couvert végétal protecteur tout en rendant, par le piétinement la surface du sol pulvérulente et tassant celui-ci, ce qui réduit la perméabilité donc ses réserves en eau et augmente le ruissellement Â» (BEDRANI S., 1994).

En somme, il ressort que les parcours steppiques supportent un cheptel au moins quatre fois plus grand que la capacité réelle d’accueil de ces derniers. Cela s’est traduit par une pression animale plus intense sur un espace de parcours de plus en plus réduit.

Le défrichement des parcours et les pratiques culturales.

La croissance démographique combinée à l’absence d’investissements dans les secteurs autres qu’agricoles et donc le manque de création d’emplois non agricoles a résulté sur l’augmentation de la pression sur les ressources (terre et cheptel).

En effet, « le maintient d’une forte croissance démographique dans les zones steppiques n’a pas permis, malgré la relative mais certaine croissance des emplois enregistrée durant les années 70 et 80, de donner un travail à l’essentiel des demandeurs d’emplois disponibles. Dès lors, obligée de se créer un nouveau revenu pour survivre, une grande partie de la force de travail se tourne vers les seules activités pour lesquelles elle a quelques compétences et/ou les barrières à l’entrée n’existent pas ou sont relativement faibles: élever quelques têtes de brebis et de chèvres et défricher un morceau de steppe Â» (BEDRANI S., 1994).

D’autre part, dans le souci de combler le déficit alimentaire du cheptel, causé par la sécheresse, les éleveurs et/ou agro-éleveurs de la steppe, au lieu d’intensifier les cultures fourragères ont opté pour les céréales par le défrichement des parcours. Or, les terres steppiques sont réputées pour être squelettiques. La conséquence du labour sur de telles terres est l’augmentation de leur risque de dégradation par érosion (hydrique ou éolienne).

En ce qui concerne les superficies attribuées dans le cadre de la loi A.P.F.A. (Accession à la Propriété Foncière Agricole) dans les zones steppiques, elles s’élevaient en 1993 d’après les statistiques du Ministère de l’Agriculture à 109 103 ha, soit 25 % de la superficie attribuée au niveau national.

Cette loi qui permet, en zone steppique, l’appropriation mais uniquement pour la mise en culture des terres, sous condition pour les bénéficiaires d’y investir, s’est traduite plus par « le titrage de leurs propriétés Â» d’après l’expression de BEDRANI S. que par une mise en valeur réelle et massive.

Pour ce qui est des pratiques culturales, deux critères caractérisent l’agriculture en milieu steppique. Sa conduite en sec combinée à la diminution et/ou la disparition de la jachère constitue un facteur de la dégradation irréversible des parcours. Le deuxième critère concerne le type de matériel utilisé pour le labour. En effet, la technique de labour utilisée est une technique particulièrement érosive. L’utilisation de la charrue à socs pour un labour superficiel, consistant à recouvrir les semences jetées sur un sol non préparé par le passage d’une déchaumeuse qui pulvérise l’horizon superficiel sans donc faire revenir à la surface la terre d’avantage structurée (donc plus susceptible de résister à l’érosion éolienne) de l’horizon plus profond. L’utilisation de cette technique se justifie par son coût moins élevé pour des agro-pasteurs soumis à des aléas climatiques importants et donc obligés de minimiser leurs coûts du fait de la faible probabilité qu’ils ont d’obtenir une récolte correcte . Ce qui est certain, c’est que les superficies perdues par l’utilisation de cette technique sont en progression constante.

En fin, bien d’autres causes de la dégradation des parcours steppiques existent. Cependant, afin de rester plus clair, on ne s’est fixé une limite qui est celle des facteurs les plus importants.

 

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